A l’orée de cette nouvelle saison dans l’élite, Spiritu Turchinu a souhaité, en plus des brèves et articles habituels, mettre en place une nouvelle rubrique intitulée : « Turchinu per l’eternu ». Dans cette rubrique mensuelle, nous inviterons des anciens joueurs du Sporting à venir partager leurs histoires et anecdotes mais aussi leurs visions du monde du ballon rond. Le choix du premier invité n’est pas lié au hasard, c’est un joueur qui m’a fait vibrer dans les années 90, un libéro avec des dreadlocks légendaires (maintenant disparues)... Un turchinu reconnaitra l’emblématique Morlaye Soumah !

Morlaye a été considéré comme l’un des meilleurs libéros de D1 dans les années 90, un poste où brillait également un certains Laurent Blanc à la même époque. Libéro talentueux avec un physique assez frêle, il était néanmoins dur sur l’attaquant et excellent relanceur. Pourtant très propre (seulement 4 rouges en 342 matches pro, ce qui est un ratio très faible pour un défenseur), le Guinéen a affiché, tout au long de sa carrière, une grinta que nos tribunes adorent. C’est tout naturellement qu’il est devenu un des joueurs les plus aimés du Sporting de cette époque et encore aujourd’hui. Retour sur sa carrière et sa vision du football et de la Corse.

 

Spiritu Turchinu : Salut Morlaye, tout d’abord, qu’est-ce que tu deviens ?

Morlaye Soumah : Depuis la fin de ma carrière j’ai un peu aidé le Sily national de Guinée (ndlr la sélection nationale) quand le sélectionneur était Michel Dussuyer (2002-2004 et 2010-2015). Après l’arrivée de Luis Fernandez en 2015, je ne les ai plus aidés ; autant je trouvais que c’était un joueur extraordinaire, autant en tant que sélectionneur... Et puis après il y a malheureusement beaucoup de gens ici qui profitent de toi pour faire n’importe quoi. Maintenant j’aide mes amis de temps en temps pour chercher des joueurs, j’ai souvent Pierre-Paul (ndlr Antonetti le recruteur du SCB) au téléphone par exemple. D’ailleurs, c’est moi qui lui ai parlé de François Kamano...

 

ST : Tu restes donc proche des jeunes talents de ton pays, à ce propos que penses-tu de ton compatriote Sadio Diallo au Sporting, tu le connais un peu ?

MS : Oui bien sûr, Sadio je le connaissais avant qu’il vienne au Sporting, j’essaie de donner des coups de main à ces jeunes à leurs débuts. Bon déjà lui, il a un talent certain, malheureusement j’ai l’impression qu’il peine à confirmer. Il s’est souvent blessé dernièrement, avec son talent et une bonne préparation, il devrait montrer de meilleures choses. Il faudrait au moins qu’il confirme en enchaînant plusieurs bonnes prestations de suite, peut-être cette année !

 

ST : Revenons à tes débuts, pourquoi le Sporting ? Comment es-tu arrivé dans ce club ?

MS : Au départ j’avais des contacts avancés avec Lyon, mais il faisait trop froid (rires), et Abdou Bangoura, un ami d’enfance qui jouait au Sporting à cette époque a parlé de moi à Christian Villanova (ndlr ancien conseiller sportif du SCB). J’ai fait un essai concluant et j’ai signé au centre de formation. Après, ça a été un peu long car la Fédération de Guinée ne voulait pas me laisser partir, ça a duré deux mois ! Mais au final je suis resté en Corse et c’est le Ministre des Sports guinéen qui a débloqué la situation.

 

ST : Des débuts un peu tourmentés, mais par la suite il y a eu une longue carrière à Bastia (9 saisons) ! Lequel de tes coéquipiers de l’époque t’impressionnait le plus sur le terrain ?

MS : Il y en a beaucoup qui m’impressionnaient ! J’ai eu la chance de jouer avec des joueurs super. Déjà les gardiens, Bruno Valencony et Éric Durand, étaient super rassurants pour la défense ! Après Cyril Rool et Franck Jurietti, eux c’est dans la percussion qu’ils m’impressionnaient, mais franchement je n’arriverai pas à te donner qu’un seul joueur, le groupe entier était bien !

 

ST : Et dans ton enfance, quel joueur t’a inspiré ?

MS : J’aimais bien Marius Trésor, c’est rigolo car j’ai joué en pro au même poste que lui alors qu’au début, je jouais attaquant. En junior on m’a fait reculer au milieu de terrain, je bougeais beaucoup et puis je me suis retrouvé à jongler entre une position de défenseur et une juste devant le dernier rideau. Même si je voulais jouer devant, je me suis dit que j’avais trouvé ma place en libéro.

 

ST : C’est d’ailleurs dans ce rôle de libéro que tu as été le plus utilisé à Bastia ; tu avais l’air d’y être parfaitement à l’aise vu des tribunes. Un choix subi peut parfois devenir plaisant au final ?

MS : Antonetti se servait de moi comme libero, je naviguais entre les lignes, parfois sur la ligne de défense pour anticiper, des fois plus avancé, il me laissait vraiment cette liberté et j’aimais ça. Et puis quand en défense centrale tu avais Moreau et Mendy, moi juste devant ou entre eux deux... C’était dur de passer (rires) ! Pour la relance c’était super aussi, je pouvais relancer sur Laurent et Vandecasteele et par la suite sur Née aussi ! Tu étais obligé de te sentir à l’aise avec eux, j’ai eu des bons groupes ici, et des super bons moments, on attendait qu’une chose chaque semaine : aller au stade !

 

ST : Aurais-tu une anecdote de vestiaire à nous raconter ?

MS : Déjà avec les joueurs corses tu es obligé d’avoir des anecdotes (rires) ! A mes débuts j’avais Pierre Bianconi qui était génial. Souvent on me disait « tu es tout maigre, mais mets des tacles et s’il y en a un qui t’emmerde, je suis là », c’est vrai que je n’ai pas un gros physique, mais il y avait toujours quelqu’un pour t’épauler ici quand ça chauffait ! Sinon avec Pierre Maroselli on passait notre temps à se raconter des conneries aussi ! Sur le terrain on n’avait même pas à se parler, on se comprenait en un regard. Si un joueur commençait à nous énerver un peu, il me regardait et je mettais un tacle pour le « chicoter » (rires) !

 

ST : Ici personne ne t’a oublié, tu es un des joueurs du Sporting qui a marqué les années 90. Quels souvenirs gardes-tu des tribunes de l’époque ?

MS : Au stade, je me souviens de pleins de belles choses, un truc qui m’a marqué c’est quand Nouzaret avait commencé à me mettre sur le banc, l’équipe n’était pas forcément dans une bonne passe, et un jour Nouzaret s’est fait chopper dans le couloir qui mène au vestiaire par un supporter, il a commencé à l’engueuler et le bousculer pour me remettre titulaire ! Moi je me suis dit : « oh putain il va croire que ça vient de moi », au final j’ai rejoué (rires) et puis la tribune poussait ! D’ailleurs merci à Anthony et Jean-Marie de Testa Mora au passage...

 

ST : Je me souviens pour ma part de phrases en tribunes « Mais vas-y Morlaye, mords-les ! », j’ai même vu un drapeau Corse où il y avait ta tête avec tes dreadlocks à la place du Maure ! Ça devait te plaire l’ambiance ici ?

MS : (Rires) Ils sont comme ça ici, en Guinée certains disaient même « Morlaye c’est un Corse » (rires) certains croyaient que j’avais abandonné ma nationalité ! Avec tous les soucis que j’ai eus, les Corses m’ont toujours soutenu. C’est comme une famille Bastia ! La Corse tu sais, c’est ma deuxième patrie, si un jour la Guinée joue contre la Corse, je crois que je serais pour les Corses ! Ils ne m’ont pas amadoué, alors qu’en Guinée beaucoup n’ont fait que me mentir ! Vraiment, en Corse, tous les gens que j’ai connus ne m’ont pas déçu !

 

ST : Niveau carrière tu as fait 10 saisons professionnelles, dont 9 à Bastia, pourtant tu avais été pisté par le Torino et le Celta Vigo, pourquoi es-tu resté ?

MS : Ouais, pour Vigo c’était prévu mais au final les dirigeants ont dit non et c’est Makélélé qui a été pris, j’ai eu des contacts avec le Torino et même Marseille, mais bon je voulais pas me fatiguer à changer, vaut mieux rester là où tu es bien.

 

ST : Et sinon, tu suis toujours les prestations de Bastia ? Qu’en penses-tu ?

MS : Oui je regarde presque tous les matches, la première journée contre Paris, j’ai compris en 20 minutes que ça allait capoter à un moment. Pour Lorient par contre, l’équipe a vraiment bien joué. Bon après on dirait que c’est moins familial qu’avant, nous c’est vrai que si un joueur était touché, ça touchait tout le monde, maintenant l’équipe change tous les ans. Heureusement tu as un leader comme Cahuzac, un mec qui est né là-bas et qui a tout vécu avec le club, mais bon c’est quand même différent !

 

ST : C’est un peu le cas partout d’ailleurs, quelle vision as-tu de ce qu'est devenu le monde du football ?

MS : En Afrique c’est bizarre parce que tu as l’impression qu’il n’y a pas eu de gros changements entre les années 90 et maintenant sur les structures et tout, et en même temps je trouve que les africains ont beaucoup perdu. Les jeunes qui font quelques bons matches en Afrique, ils partent direct. Il devrait rester pour s’aguerrir, mais on leur promet tellement d’argent qu’ils se pressent. C’est l’argent facile et en même temps beaucoup ratent leur carrière. Ils partent, ils commencent bien et ont beaucoup d’argent au début, c’est devenu l’unique argument « partir pour de l’argent ». Moi ça m’attriste, tu n’as plus tes preuves à faire et puis ici les fédérations africaines n’aident pas du tout au développement, c’est corrompu ; essaye de trouver un bon centre de formation ici ! C’est pas possible, moi je suis obligé de travailler avec les jeunes dans la rue !

 

ST : C’est pour cela que tu as quitté ton rôle au sein du staff de la Guinée ?

MS : Non je travaillais uniquement avec Michel (ndlr Dussuyer), il me connaissait bien et m’avait demandé de l’aider, moi je connaissais bien les joueurs aussi, quand il est parti c’était terminé.

 

ST : Un grand merci Morlaye pour ta gentillesse et ta disponibilité !

MS : De rien ! Mamadou Faye nous a bien éduqués ! (Rires)

 

Propos recueillis par Fabien Bastide-Alzueta

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