Eric Durand

 

Pour cette seconde édition de « Turchinu per l’eternu », nous avons eu la chance de discuter avec un joueur dont le poste est primordial… Un poste où, traditionnellement, le Sporting a eu l’occasion de voir briller d’illustres noms comme Ilija Pantelic, Pierrick Hiard, Pascal Olmeta et plus récemment Micka Landreau, Alphonse Areola (qui a encore tout à écrire…) et Jean-Louis Leca. Notre invité est de cette même trempe, un gardien atypique, imposant devant ses cages et pourtant réservé et discret dans la vie. Bienvenue donc à Éric Durand !

 

Spiritu Turchinu : Bonjour Éric, tout d’abord, qu’est-ce que tu deviens ?

Éric Durand : Quand j’ai terminé mon contrat à Rennes en 2001, je suis rentré à Bastia. J’ai pris une année sabbatique et puis j’ai demandé aux dirigeants du Sporting s’ils avaient besoin d’un coup de main pour les jeunes du club. De là, j’ai alors entrainé les jeunes gardiens pendant un an, quand Ciccolini s’occupait du centre de formation. Je me suis occupé de Jean-Louis Leca à ce moment d’ailleurs. L’année suivante je me suis occupé de l’équipe première avec François (Ciccolini) et Michou (Padovani), une saison où on finit relégué même si on a failli se sauver mais bon… Ensuite je suis resté 2 saisons dans le staff avant de changer d’orientation pour cause personnelle. Avec ma famille, nous sommes remontés dans notre région (à Chalons sur Saône, ndlr), on a quitté la Corse sans vraiment la quitter puisque nous redescendons régulièrement, j’ai d’ailleurs une de mes filles installée en Corse maintenant. J’ai fait une saison en tant qu’entraineur des gardiens à Gueugnon en 2eme division, le club est descendu l’année suivante. Je me suis retrouvé à Montceau-les-Mines à entrainer les gardiens, puis l’équipe réserve, j’ai un peu tout fait dans ce club pendant 5 saisons. Ensuite, pendant deux ans, je me suis occupé d’un petit club de village au 2eme niveau régional l’US de Saint Bonnet la Guiche. On vient de se séparer en fin de saison-là, et je vais maintenant prendre un petit peu de temps pour moi et ma famille, profiter un peu de mes enfants et petits-enfants. Je travaille toujours à côté, dans la communauté urbaine de Montceau-les-Mines donc c’était un peu difficile de travailler et d’associer le monde amateur en même temps.

 

ST : Tu suis toujours le parcours de Bastia ? Tes Impressions sur les dernières saisons ? Que penses-tu de l'effectif actuel ?

ED : Bien sûr, quand tu as joué à Bastia, tu sais, tu as le sang qui devient bleu on n’y peut rien, c’est comme ça ! Chaque année je fais le premier match à Furiani au minimum, je suis toujours super bien accueilli ici, j’ai encore de bons rapports avec les dirigeants. Il y a eu un renouveau, les installations sont quand même de meilleurs qualité, on aurait eu ça à notre époque on aurait pu encore mieux faire ! Le club a bien évolué, mais bon les autres aussi, du coup le Sporting reste parmi « les pauvres » de L1. Faut pas oublier que le club était pratiquement mort il n‘y pas si longtemps.

 

ST : Revenons un peu à tes débuts, tu as commencé à Gueugnon, ville que nous connaissons bien ici pour y jouer nos huis clos de temps à autre, quel a été ton meilleur souvenir chez les Forgerons ?

ED : (Rire) Oui ça m’a permis de voir le Sporting dans ma région ! Sinon, mon premier club n’est pas Gueugnon, j’ai commencé au centre de formation d’Auxerre, mais il y avait énormément de concurrence : Joël Bats, Didier Loiseau et Bruno Martini. Je me suis retrouvé à Gueugnon par facilité puisque je viens de là, toute ma famille est de là-bas, j’étais bien, tranquille, j’avais moins de pression sur les épaules.

Mon meilleur souvenir avec les forgerons reste la demi-finale de coupe de France perdue à Monaco. On perd 5-0 contre le grand Monaco de Djorkaeff et Weah, c’était trop compliqué pour notre petit club. D’ailleurs je crois que les Monégasques gagnent la coupe cette année-là. Pour le reste, c’était des saisons compliquées à Gueugnon, on se sauvait in extremis chaque année…

 

ST : Ensuite tu passes quelques années à Martigues avant d'atterrir au Sporting à 32 ans, comment es-tu arrivé à Bastia ?

ED : A Martigues on finit champion de France de D2 la première année, on fait trois saisons en D1 avant de redescendre. Ensuite c’était trop compliqué, on finit 4eme de D2 l’année suivante et je voulais partir, j’avais fait mon temps et je voulais tenter autre chose. Bastia m’a contacté et ça s’est fait très simplement.

 

ST : D’ailleurs dès la première année à Bastia, tu réalises une très grande saison. Tu termines juste derrière Barthez au classement des gardiens, t'aurais pu jouer la coupe du monde en France en 1998 au final ?

ED : (Rire) Faut rester réaliste, quand tu joues dans des clubs comme les nôtres, par rapport à des clubs qui sont sur le devant de la scène, on ne nous voit pas, faut pas se leurrer. J’ai fait des bonnes saisons car je me sentais bien ici, je rendais un peu ce que l’on me donnait tous les jours.

 

ST : Quels souvenirs gardes-tu des tribunes de l’époque ?

ED : J’en garde de bons souvenirs, même si les supporters n’étaient pas nombreux, le public était toujours présent, on se sent poussé, le nombre ça ne compte pas, si c’est pour avoir 10 000 personnes comme au théâtre… Je préfère en avoir 4000 à fond derrière moi, ce n’est pas la même impression. Dès le premier match j’ai été vacciné et j’ai toujours ça dans le sang depuis !

 

ST : Une anecdote d'un truc un peu fou que tu aurais vu ici ?

ED : Je n’en ai pas vraiment qui me vienne, je regarde pas vraiment autour de moi quand je suis dans mon truc…

 

ST : Et dans les vestiaires avec qui tu t’entendais le mieux ?

ED : J’étais bien ami avec Christophe Deguerville et puis avec Morlaye on s’entendait super bien aussi. Après on s’entendait tous bien, c’était vraiment un groupe, pas comme maintenant où t’as toujours des individualités qui essayent de tirer la couverture sur eux. Nous, on devait un peu se débrouiller par nous-même avec les installations, du coup ça soude le groupe. On se bagarrait vraiment les uns pour les autres et des fois ça ressemblait vraiment à de la bagarre au sens propre du terme ! Tiens ça me rappelle une anecdote au final : ça faisait moins d’une semaine que j’étais à Bastia et on se déplaçait à Zagreb en Croatie pour l’Intertoto. On était sur une terrasse devant l’hôtel, tous ensemble et des hooligans croates ont commencé à nous balancer des pierres, j’en reçois une sur la tête et là, t’as tous les joueurs qui se sont levés pour leur courir après… Je me suis un peu demandé ce qui m’arrivait, bon j’avais reçu qu’un caillou sur la tête, je n’étais pas mort hein, mais ils ont couru après les mecs, ça te montre un peu la solidarité qu’il y avait. On avait cette super ambiance ! J’aurai aimé finir ma carrière de joueur à Bastia en fait…

 

Eric Durand

 

ST : Quel joueur t'a le plus impressionné dans ta carrière, que ça soit dans ton équipe ou dans celles que tu as affronté ?

ED : Les adversaires je ne les regardais pas, on n'avait peur de personne… Après un joueur impressionnant, tout est relatif. Par exemple, nous notre force était l’agressivité. J’ai du mal à garder des souvenirs sur ces trucs-là, c’est derrière moi…

 

ST : Et quel joueur t'a inspiré, celui qui a planté la graine de « je veux devenir footballeur pro » ?

ED : Footballeur pro, bah en fait pour tout te dire, quand je suis arrivé au centre de formation d’Auxerre, j’ai découvert à ce moment-là qu’on pouvait gagner sa vie avec le football, tu vois ce n’est pas comme maintenant, moi je jouais au ballon pour jouer au ballon. Je ne savais même pas que c’était un métier. Après j’ai eu la chance pendant ces premières années de côtoyer Joël Bats, c’était… Comment ne pas être en admiration devant lui.

 

ST : Et pourquoi gardien de but ?

ED : J’ai choisi gardien car je n’aimais pas trop courir et j’étais bien portant (rire).

 

ST : Quelle vision tu as de ce qu'est devenu le foot professionnel ?

ED : Il a dérivé, les jeunes déjà sont moins à l’écoute. Quand t’intégrais un groupe, tu n’avais pas ton mot à dire, pas le droit aux massages. Là ils signent pro ou même stagiaire et ils savent tout, ils ne respectent pas les anciens. C’est un peu ce que je trouve déplorable dans le foot d’aujourd’hui et puis on dirait vraiment des mercenaires... Après il y en a qui sont respectueux je veux pas faire qu’une simple généralisation, mais bon tu as l’environnement qui jouent à ce qu’ils deviennent comme ça.

 

ST : Morlaye nous disait le mois dernier que c’était rassurant d’avoir un mec comme toi aux cages quand tu es défenseur, tu as un petit mot à lui faire passer ?

ED : Moi je dirais la même chose pour lui, je me sentais en sécurité avec lui, il était partout et puis on s’entendait bien, sur et en dehors du terrain, on avait un feeling. Et puis c’était un joueur intelligent, tout le temps bien placé, capable de revenir rapidement sur les attaquants, c’était un régal de le voir jouer. C’est un des défenseurs avec qui j’ai pris le plus de plaisir !

 

ST : Un petit message aux supporters du Sporting qui ne t’ont pas oublié ?

ED : Je me suis régalé en jouant à Bastia, c’est toujours un plaisir de revenir ici et c’est un club que je soutiendrai toujours !

 

Propos recueillis par Fabien Bastide-Alzueta

 

 

Eric Durand arrête le penalty à Lyon en Coupe de la Ligue (1999/2000) et permet au Sporting d'aller en demi-finale :

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