Claude Papi

Originaire de Porto-Vecchio où il nait le 16 avril 1949, Claude Papi débute sa carrière professionnelle en 1968 au SEC Bastia, auquel il restera fidèle durant toute sa carrière.

Avec lui, il participe à la montée en Division 1 (1968) puis joue lors de la finale de Coupe de France 1972 contre l'Olympique de Marseille (défaite 2-1, but de Franceschetti).

Meneur de jeu, sa vista, sa technique et son adresse font la force de l'attaque bastiaise, où figurent Dragan Dzajic, Jacques Zimako et François Félix. Lors de la saison 1976/1977, Bastia marque un total de 82 buts et obtient ainsi une troisième place, qui lui ouvre les portes de la coupe d'Europe la saison suivante.

C'est surtout cette campagne européenne de 1977/1978 qui a marqué les esprits. Avec à ses côtés la star hollandaise Johnny Rep, Merry Krimau, Félix Lacuesta, Yves Mariot, l'équipe bastiaise réalise une campagne héroïque, avec comme principal fait d'arme la victoire et la qualification obtenue sur le terrain du Torino en huitième de finale retour. Cette campagne, au cours de laquelle il marque 7 buts, se termine en finale : après un match aller soldé par un nul (0-0) sur une pelouse gorgée d'eau au stade de Furiani, les Bastiais s'inclinent au retour 3 à 0 dans l'antre du club néerlandais du PSV Eindhoven.

La campagne européenne lui permet d'obtenir une place dans les 22 joueurs sélectionnés pour la Coupe du monde 1978 en Argentine. Il y dispute le dernier match contre la Hongrie, en tant que titulaire, et est remplacé à la mi-temps par Michel Platini. C'est l'unique match disputé par un joueur de Bastia dans l'équipe de France lors d'une phase finale de coupe du monde.

Son plus grand regret sera son absence de la finale victorieuse en Coupe de France en 1981, finale à laquelle il assiste depuis les tribunes en raison d'une blessure. Il terminait sa carrière sportive à la fin de la saison, ayant disputé 479 matchs pour son club pour un total de 134 buts.

En 1983, la Corse apprend avec stupeur la mort à la suite d'une rupture d'anévrisme de celui qu'elle nommera plus tard Footballeur Corse du siècle. La tribune Nord du stade Armand-Cesari porte son nom. Fin 2016, la place du triangle de Lupinu, à Bastia, est nommée Place Claude-Papi.


Période au SECB : 1968-1981


 

Article sur Claude Papi de Corse Football n°2 (septembre 1994)

 

Comment essayer de faire revivre les grandes heures du football corse sans parler de l’incontournable Claude Papi ? Corse Football a rencontré son épouse, Madeleine Papi, et retrace en sa compagnie une partie de la vie de l’homme et du footballeur. Conversation et souvenirs...

"Claude a passé son bac à Bastia en 1968, mais sa principale préoccupation était bien sûr le football. Pourtant, il se passionnait pour tous les sports et tout particulièrement pour le cyclisme - il a même gagné une compétition cycliste amateur qui se déroulait à Purtivechju. Il en avait étonné beaucoup ! A part le sport, il se passionnait aussi pour la chasse, passe temps qu’il partageait avec son grand ami Paul Marchioni. Il adorait la nature et il profitait de ses longues parties de chasse pour échapper à la pression du football." Un footballeur-né, Claude Papi va intégrer le centre de formation du Sporting Etoile Club Bastiais en 1968, année durant laquelle il aidera le club à se hisser en Première Division. A 22 ans, le jeune Claude connaîtra donc les joies de l’élite du football français.

"Claude ne se sentait pas privilégié par le fait d’être un footballeur professionnel de Première Division. C’était simplement pour lui une passion, il avait le don du football. J’ai tout de suite vu en Claude un footballeur-né. D’un comportement assez hargneux sur un terrain, de part son tempérament de gagneur, quoiqu’il ait toujours été correct, Claude était gentil, discret et modeste dans la vie quotidienne. C’était un homme entier, vrai, qui ne mâchait pas ses mots, ce qui lui a parfois valu quelques démêlés. Mais il donnait tout pour le football, et je pense qu’il le lui rendait bien." Papi devient très vite un habitué des grands rendez-vous nationaux et s’installe dans l’équipe bastiaise comme un leader et un meneur de jeu incontestable.

"Il n'a jamais eu la grosse tête. Claude était une personne ouverte, qui savait gérer son succès. Un exemple : c’est lui qui, le premier, accueillait les étrangers de l’équipe et leur faisait découvrir la Corse. Je pense particulièrement à Dragan Dzajic, qui est resté un ami de la famille. Claude n’était pas particulièrement superstitieux. La seule chose à laquelle il tenait était son tee-shirt fétiche, avec lequel il se rendait aux entraînements. Il avait pour habitude de faire une longue sieste la veille des matchs et était particulièrement nerveux à l’idée de prendre l’avion. C’était sa principale phobie. Quand on sait le métier qu’il faisait..." Papi va participer à la Finale de la Coupe de France en 1972, hélas perdue, contre Marseille, et commence à attirer les regards des sélectionneurs des différentes équipes de France.

"Claude a effectué son service militaire au Bataillon de Joinville et a été sélectionné en équipe de France Militaire. Il était très fier d’avoir porté la tunique bleue mais n’a jamais été euphorique. Pour lui, rien n’était gagné d’avance et il fallait travailler sans cesse." Il n’avait pas tout à fait tort, Claude. Paradoxalement, sa plus grande joie en football s’avéra être sa plus grande désillusion : Papi sera sélectionné pour la première fois en équipe de France le 21 novembre 1973, au Parc des Princes, face au Danemark. Il rentrera en 2ème mi-temps à la place de Ravier, et la France l’emportera 3-0, trois buts en seconde période. Tout le monde croit alors que Papi, après avoir éclairé l’entrejeu des bleus face au Danemark, a gagné ses galons de titulaire au sein de l’équipe de France. On déchantera bien vite en ne lisant pas son nom sur la feuille du match suivant contre la Roumanie.

Qu’importe ! Claude travaille encore et toujours, mais les mauvais résultats de l’équipe bastiaise à cette époque ne jouent pas en sa faveur. Malgré cela, l’équipe de France s’ouvre de nouveau à Papi : ce sera une nouvelle fois au Parc des Princes, contre la Hongrie. Il entrera en 2ème mi-temps à la place de Jean-Noël Huck, et la France gagne encore durant la seconde période par 2 à 0. Mais il sera une nouvelle fois déçu, le sélectionneur l’oubliant pour le match suivant.

"Claude a été très marqué par ces deux matchs. Il me répétait qu’il avait eu l’impression d’avoir bien joué pour l’équipe, et se demandait sans cesse pourquoi on ne lui faisait pas confiance." Pourtant, Claude Papi, du fait de ses exploits européens avec ses camarades bastiais, sera convoqué par Michel Hidalgo au stage de préparation de l’équipe de France pour le Mundial argentin de 1978 et il fera partie des 22 sélectionnés français en partance pour Buenos Aires.

"Claude était très heureux. Il n’avait pas joué les deux premiers match du Mundial (défaite de la France contre l’Italie et l’Argentine, ndlr), mais il était tout de même ravi de faire partie du groupe." Claude sera tout de même déçu par Michel Hidalgo : lui promettant de lui donner sa chance contre la Hongrie pour le troisième match, Claude avait débuté cette partie comme titulaire, et la France menait à la mi-temps par 3 buts à 0.

Pourtant, Papi regardera la suite du match du banc des remplaçants, Hidalgo ayant préféré aligner Michel Platini en milieu de terrain. Le score n’évoluera pas et, à la fin du match, Claude savait qu’il ne rejouerait jamais plus en Equipe de France. "Il en voulait beaucoup à Michel Hidalgo. Je suis sûr que si on lui avait donné une vraie chance... Surtout quand on voit la carrière exemplaire qu’a réalisé Platini par la suite." C’est vrai ! Il n’y avait que Platini qui pouvait empêcher Claude d’avoir la carrière qu’il méritait en équipe de France. Le Corse, héros de la Coupe d’Europe de 1978, le capitaine courageux, n’avait pas plu à l’équipe de France. Pourquoi ? Sûrement de par sa fidélité infaillible envers le SECB. "Le SECB c’était tout pour Claude."

Il est vrai qu’il a, surtout en 1978, reçu des sollicitations de nombreux clubs - en France, le FC Nantes voulait s’attacher ses services, mais aussi à l’étranger avec des propositions de clubs suisses. Il avait pourtant refusé, mais avait quand même longuement réfléchi aux propositions d’un club prestigieux : le Cosmos de New-York ! Une offre bien alléchante, tant au niveau sportif que financier, et très honorable pour Claude. Mais la vie aux USA ne l’avait pas franchement convaincu.

Il préférait de loin les Aiguilles de Bavella aux grattes-ciel new-yorkais ! Claude Papi ne partira pas aux USA. Claude Papi restera fidèle au SECB. Il y terminera sa carrière en 1981, ne participant même pas, pour cause de blessure, à la victoire des bastiais en Finale de la Coupe de France contre le Saint-Etienne de... Platini. Oui, le football est bien un éternel recommencement. Le stade de Purtivechju porte aujourd’hui fièrement son nom, comme si sa ville voulait qu’il y laisse à jamais son empreinte.

"Zitelli corsi, ùn vi scurdate mai : Claude Papi era u più grande ghjucadore di a so èpica !"

 

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