Gilles Cioni revient dans So Foot sur l’été catastrophique du Sporting, relégué de Ligue 2 au National 3 suite à un déficit estimé à plus de 20 M€.

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Le défenseur bastiais évoque le retour émouvant à Armand-Cesari début octobre, contre l’AS Casinca en coupe. « Dans le couloir, je suis content et ému de retrouver ma maison. Parce que ça aurait pu disparaître. Le club aurait pu crever. Mais je me dis : « Putain, tu vas reprendre contre la Casinca ? En 5e tour de Coupe de France ? » (Il souffle) Ça fait bizarre. Je n’avais pas prévu de descendre de quatre divisions en un mois. Puis j’avance et je vois la tribune sud pleine : 7000 personnes au stade. C’était surréaliste. Là, tu as la preuve que tu joues dans le grand club populaire de la Corse. Puis en même temps, tu te dis : « Comment on a pu en arriver là ? » Il y avait beaucoup de sentiments entremêlés. »

 

La reprise échouée du Sporting cet été

« C’était délicat de voir les nouveaux repreneurs être déboutés et les anciens s’enfermer dans les bureaux. On y est allés, mais notre interlocuteur, c’était soit la secrétaire soit la comptable. On n’a plus eu de contact direct. C’était un truc de malade. Je pense qu’ils avaient espoir que le club soit repris et qu’ils le laissent en Ligue 2. Quand ça ne s’est pas fait, je pense qu’ils ont été pris de court. Après, c’était la panique générale. Tout le monde était au téléphone. Débordé. À courir à droite à gauche. Et nous, on se demandait de quoi allait être fait notre avenir. »

« C’était un cauchemar qui ne s’arrêtait jamais. Tu vois tes amis, tes frères partir. Les uns après les autres. Ton club mourir. Heureusement que ma fille est née le 31 juillet. C’était une bouffée d’oxygène. Le Sporting, c’est ma vie. Je suis né en 1984 et j’ai commencé en 1993. »

 

La situation financière

« On savait que le club n’était pas au top, mais ça passait chaque saison. Honnêtement, le chiffre de 20 millions de passif, je ne l’ai entendu qu’à partir des réunions avec les repreneurs. Avant, j’entendais des choses, mais ça me paraissait complètement fou. « 20 millions de passif en un an ? Tu me prends pour un malade ? » Certainement qu’il y a eu une mauvaise gestion. Des erreurs. Je me pose même des questions sur la DNCG. Comment peut-on creuser un trou de 20 millions en un an ? J’ai beaucoup d’interrogations moi aussi. Peut-être que c’est le cas, mais je ne veux pas croire qu’ils se sont gavés. Je n’en sais rien. Je suis très cartésien, donc il me faut des preuves. »

 

Les anciens dirigeants

« Je ne pensais pas que ça pouvait exister, passer de la Ligue 1 au National 3 pour ça. Si je te disais : « non, ce n’est pas de leur faute », je serais un fou. Oui, il y a du ressentiment. Envers les 7, les 9, les 11, je ne sais plus combien ils étaient... Oui, je leur en veux. »

 

Son refus d’aller à l’AC Ajaccio

« La raison principale, c’est le Sporting. À un moment donné, c’est la passion qui fait pencher la balance. Même si c’est peut-être irraisonné. J’ai 33 ans, ma femme a un bon travail sur Bastia, j’ai racheté l’entreprise d’agro-alimentaire de mon grand-père. J’avais le choix entre peut-être continuer le football au plus haut niveau pendant un ou deux ans ou préparer mon avenir. J’ai privilégié ça : rester dans mon club de cœur, le faire remonter et m’inscrire dans la durée. C’était un véritable choix de vie. Mais l’ACA a été très correct. Je les remercie de la proposition. Ils voulaient vraiment un latéral et ne m’ont pas pris pour un con. Ils étaient déçus, mais en même temps contents qu’il y ait encore des mentalités comme ça dans le football. Je leur ai dit que même s’ils montaient en Ligue 1, je ne regretterais pas mon choix. Mais je serais content qu’un club représente la Corse en Ligue 1. Même si ce n’est pas le mien. »

 

L’avenir du SCB

« On ne peut pas tout le temps dire que Bastia est immortel. Que le club ne mourra jamais. Alors qu’on est passé tout près de la mort. Si on n’y fait pas attention, ce sera toujours plus dur dans une ville de 40 000 habitants d’avoir un club en Ligue 1. Même en étant passionné. Il faudra vraiment tirer les leçons de tout ce qu’il s’est passé. Mais je crois qu’il y a quand même la possibilité de faire un club pérenne en première division à Bastia. »

« Peut-être qu’un jour, nous qui avons été tous ensemble sur le terrain, nous serons de l’autre côté du miroir. On verra dans quel rôle je serai, ça reste à déterminer. Mais il faudra être compétent. La passion, ça ne suffit pas. »

 

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