Luciani

Anthony Luciani, membre du collectif Populu Turchinu, a bien voulu répondre à nos questions pour expliquer la démarche du collectif, qui s’est créé le 5 février dernier suite aux mauvais résultats sportifs, qui se sont ajoutés à la fracture entre les supporters et les dirigeants du Sporting.

 

Spiritu-Turchinu : Pouvez-vous revenir sur la création du collectif Populu Turchinu ?

Anthony Luciani : Personne ne réagissait, il fallait vraiment un électrochoc. Sportivement il n’y était pas, pas de recrues au mercato, il fallait un électrochoc. A un moment donné il faut faire bouger les choses. On s’est dit est-ce qu’on fait un appel aux supporters pour qu’il y ait une discussion. On a fait un appel pour que toutes les personnes concernées viennent au studio Minenfootu. Mais on ne savait pas où on allait, car même si on met les dirigeants dehors, aujourd’hui ça ne sert strictement à rien. On voulait créer quelque chose, un électrochoc. Ça a marché car j’ai vu des personnes qui n’allaient plus au stade par contestation, des membres de 1905, des ex Testa Mora, des gens de tous bords. On a voté à l’unanimité qu’on devait dans un premier temps aller au stade pour marquer le coup et voir combien on pouvait rameuter de personnes. Chacun a voté. Ça a été un succès car il y avait environ 200 personnes avec le mauvais temps, seulement 2 heures après avoir communiqué. Même des partis politiques ne peuvent pas se targuer de réunir autant de monde en 2 heures. Le but était surtout de montrer une fracture (avec les dirigeants). Personnellement je ne voulais pas en arriver à ces extrêmes. C’est dur de gérer un club professionnel, mais il y a eu trop d’erreurs. Il fallait donc créer cet électrochoc.

 

Le collectif demande la démission des dirigeants. Quelles solutions proposez-vous dans cette optique ?

D’abord il fallait se rendre au stade pour montrer cette contestation. En demandant la démission, on s’est dit que ça pourrait faire bouger des investisseurs potentiels par exemple. Mais au moins, que ça fasse réagir les dirigeants en place. Je pense qu’ils ont quand même été touchés. Comme je l’ai répété à Minenfootu, il n’y a que la mort qui est irréversible. Personnellement je pense qu’on peut toujours arranger les choses. Si demain les dirigeants actuels se mettent à travailler, nomment un directeur sportif… Je connais Pierre-Marie Geronimi, même si certains rigolaient quand je le disais, il connait le football. Il peut faire les choses intelligemment. Il suffit de peu : nommer un directeur sportif, avoir un bon staff technique, arrêter avec les prêts… Quand tu prends 5-6 prêts par an, c’est que tu es dans un certain confort et que le maintien te suffit. On ne peut pas vivre comme ça, et on le voit maintenant on est en danger de mort. En demandant la démission des dirigeants, si ça peut déjà créer un déclic positif auprès d’eux. Car pour ne pas voir ça, ne pas prendre de joueurs au mercato, il faut être dans une tour d’ivoire. Si ça peut leur faire prendre conscience, créer un électrochoc.

 

Pensez-vous que le dialogue est de nouveau possible ou est-il définitivement rompu ?

Je pense que le dialogue est rompu. Personnellement je ne peux plus discuter avec eux. S’ils veulent discuter, qu’ils viennent avec du concret. Ils doivent communiquer dans la presse. Personnellement je suis prêt à discuter avec eux, et le collectif Populu Turchinu aussi je pense, uniquement s’ils ont un projet ficelé. Avec un directeur sportif nommé. Pas des promesses comme le projet « A Corsica vince ». Tant qu’il n’y aura pas ça, ce n’est même pas la peine. Une réunion sans concret comme par le passé, c’est fini. Via Minenfootu, on avait tendu la main aux dirigeants, Joseph Franceschini était venu avec Anthony Agostini. Maintenant, c’est à eux de tendre la main, ce n’est plus aux supporters. On est 19 e, on est en danger. S’ils veulent renouer un dialogue, qu’il y ait du concret, plus de promesses. Personnellement je pense que rien n’est irréversible. Je considère le Sporting comme une famille, et avec la famille ça peut toujours s’arranger tant qu’il n’y a pas mort d’homme ou d’actes violents. Il y a toujours moyen avec de la bonne volonté.

 

Le collectif a demandé la publication des comptes du club. Ça n’a toujours pas été fait…

Ça tient à cœur à certaines personnes du collectif de connaître l’état des comptes. Si le club est bien géré, je ne vais pas regarder qui gagne quoi. Le président s’est engagé à les publier. Pour plus de transparence, ils auraient peut-être dû le faire d’eux-mêmes.

 

Pensez-vous que les actions du collectif CSSCB (réunions avec les dirigeants, propositions au club…) peuvent être constructives ?

Dans le communiqué de Populu Turchinu, on demande « qui sont ces supporters qui parlent avec les dirigeants ? ». Au départ, on ne savait pas qu’il s’agissait du CSSCB. Quand Pierre-Marie Geronimi a dit sur Via Stella qu’il discutait avec « certains supporters », ça a créé de la suspicion. Et on a appris finalement que c’était le CSSCB.

Personnellement je connais quelques personnes de ce collectif, dont une qui a monté le « Projet alpha » par rapport à la CTC. Le CSSCB a fait un bon travail. Ils disent qu’ils ne se revendiquent pas au nom du « peuple bleu ». Je ne critiquerai jamais ceux qui essaient d’arranger les choses. Pour moi c’est positif. Ils essaient de faire avancer les choses, ils ont donné des idées aux dirigeants. Ils avaient d’ailleurs dit il y a quelques mois que les gens intéressés étaient les bienvenus s’ils voulaient les rejoindre. Personnellement j’attends qu’il y ait du concret (de la part du club) pour discuter. Mais bravo au CSSCB, c’est bien ce qu’ils font.

 

Quelles sont les actions envisagées par le collectif Populu Turchinu ?

Le communiqué après la défaite à Toulouse, on l’a sorti un peu dans l’urgence. Ça nous a été un peu reproché mais on ne pouvait pas faire une réunion. Certains ont trouvé le communiqué bon mais auraient voulu être au courant. Concernant les futures actions, il faudra l’accord de tout le collectif Populu Turchinu.

 

Des rumeurs font état de repreneurs locaux, voire d’investisseurs étrangers (Corse-Matin). Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’il y a beaucoup de poussettes. Je pense que les journalistes ont de bonnes informations, mais (les repreneurs éventuels) sont frileux. Je suis prudent sur ce genre de choses. S’il y avait des repreneurs, je pense qu’ils auraient pu contacter le collectif Populu Turchinu et rassurer les supporters. Comme pour les dirigeants, je demande du concret. Car c’est facile de lancer des rumeurs. S’il y a des repreneurs, qu’ils en parlent aux supporters et à la presse. Si des gens sérieux sont candidats à la reprise du club, ils doivent se présenter à la presse. Surtout que Pierre-Marie Geronimi a encore rappelé que les portes étaient ouvertes. On veut vraiment des gens sérieux. L’argent ne fait pas tout si on ne fait pas les choses correctement.

Si les dirigeants mettent un mouchoir sur leur fierté et font revenir un type comme Frédéric Hantz, je pense que ça serait déjà une marque de concret. Hantz aime tellement le Sporting qu’il serait capable de discuter je pense. Je ne vois que deux personnes : Frédéric Antonetti ou Frédéric Hantz. Pas spécialement entraîneur, mais directeur sportif ou un autre poste au club. Là je pense que ça serait déjà une main tendue et ça apporterait de la confiance aux gens. Car actuellement, non seulement ils se trompent sur les choix sportifs, mais en plus on a l’impression qu’ils sont arrogants. C’est l’impression qu’ils nous donnent. Si les dirigeants faisaient un geste comme ça, je trouve que ce serait vraiment extraordinaire.

 

Votre avis sur Bastia-Monaco ce soir ?

Contre Monaco, je suis persuadé qu’on va faire un exploit. C’est le même parallèle que quand on a battu Paris 4-2, sans attaquant de métier. En bricolant tout ça, les joueurs vont se donner à 150 %. Crivelli est blessé, il y a une hécatombe, du coup Ciccolini va changer les joueurs de poste. Les joueurs vont avoir ce supplément d’âme. Quand j’étais petit, la première chose qui m’a frappé quand je suis allé au stade, quand on faisait match nul les équipes adverses levaient les bras. Ça m’a marqué quand j’étais petit. Je demandais aux gens : pourquoi ils lèvent les bras quand ils font match nul ? Parce que c’était un exploit. Pour moi le Sporting c’est ça. Et ce soir on ne perd pas.

 

Dans quelle tribune sera le collectif pour le match contre Monaco ?

Je pense qu’on sera en tribune Sud dans le « triangle des Bermudes » (en bas, côté Est, ndlr).

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